Nager entre deux eaux 🐟

Nager entre deux eaux 🐟

L’été vie son dernier souffle, les journées raccourcissent de plus en plus, la fraîcheur du matin se fait sentir, les grosses chaleurs disparaissent peu à peu. La fin d’un cycle est en train d’écrire ses dernières lignes.

Est-ce que vous vous êtes déjà retrouvé suspendue entre deux eaux, entre deux cycles, entre deux chapitres de votre vie ? Comme si vous ne pouviez pas entamer le nouveau et celui qui doit se terminer ne peut pas encore totalement s’achever. Et bien, c’est un peu le sentiment que j’ai en ce moment. Ce sentiment d’être “suspendue” dans le temps et de ne pas pouvoir prendre de décisions claires, précises qui me permettront d’avancer sereinement.

Prendre la décision de rester

Dans exactement 2 mois jour pour jour (nous sommes le 30 août) mon PVT (Visa Programme Vacances-Travail) prendra fin !

Ce qui signifie que techniquement = je dois rentrer en France ! Sauf que… Voici plusieurs mois, j’ai pris la décision de ne pas revenir. Je souhaite “enclencher” ma demande de résidence permanente afin de pouvoir vivre sur le territoire de manière plus sereine.

Des papiers toujours des papiers et encore des papiers

En effet, le PVT est un visa de travail temporaire. Il ne permet pas d’avoir accès aux soins médicaux et à certaines aides dans le cadre d’une création ou reprise d’entreprise. Avec un statut de résident, nous sommes un peu plus considérés “Canadien” (pardon Québécois 🙂 ) même si nous n’avons pas la nationalité et la possibilité de voter durant les élections.

Je suis donc en train de terminer mon CDD pour pouvoir passer en CDI. Pour cela, je suis rentrée dans le Programme de l’Expérience Québécoise (PEQ). Ce programme permet à toute personne étrangère ayant travaillé un minimum de 30h / semaine durant 52 semaines d’obtenir le Certificat de Sélection Québécoise (CSQ). Ma première étape est donc d’obtenir ce fameux CSQ qui me garantira, à 98%, d’obtenir ma Résidence Permanente (RP).

Je vous passe le détail des justificatifs et autres papiers que nous devons fournir pour le CSQ via PEQ. Mon dossier est parti le 27 août. Je dois patienter environ un mois avant de savoir si OUI ou NON, je remplis les conditions pour pouvoir obtenir le CSQ.

Je ne vous cache pas que les délais sont assez courts, car au moment de faire cette demande nous devons être avec un visa de travail “valide” sur le territoire. Or, il me reste très exactement deux mois. Si pour X raison mon dossier est retourné, car il manque un papier, je n’aurai plus qu’un mois pour faire toutes les démarches… Tic tac tic tac. Comme je crois en ma bonne étoile, je suis sûr que je vais l’avoir !!!!!

Et un fois le CSQ en poche ?

Et bien le chemin sera encore long vers la résidence ! Les délais d’obtention sont de 20 mois en ce moment. Avoir mon CSQ et enclencher ma demande de résidence ne signifie pas que je PEUX rester sur le territoire ! Car, effectivement, je N’AURAIS PLUS DE VISA ! Je vais donc devoir trouver une gentille entreprise qui accepte de me faire un visa “fermé”, c’est-à-dire que je suis rattachée à cette entreprise durant toute la durée de mon visa.

Si l’entreprise me licencie ou si je démissionne durant mon visa fermé, je serai dans l’obligation de trouver une nouvelle entreprise qui accepte de me faire un nouveau visa fermé. Pendant mon PVT, j’étais en visa “ouvert”. Je pouvais changer d’employeur à tout moment. Certes, le visa fermé est une contrainte mais ce n’est pas une fatalité car au bout du chemin = j’ai ma résidence.

L’entre deux eaux

Être entre l’ombre et la lumière – Crédit Photo Virginie DARDENNE – Piknic Electronic

Je vis donc mes dernières semaines sur le territoire en tant que pvtiste et dans l’attente de mon CSQ.

Je n’aurai jamais penser que je me retrouverai un jour dans la case “immigration” car oui je peux le dire : je suis une immigrée. Avec toutes les contraintes que cela implique : prouver sa volonté de vouloir rester sur un territoire pour travailler. Montrer son implication dans l’intégration de la culture du pays qui nous accueille. Renoncer à certains privilèges que peut offrir la France. Naviguer entre deux pays car vos racines sont toujours là-bas. Être seule : sans famille dans un pays qui n’est pas le nôtre. Tout devoir recommencer à zéro. Être face à ses peurs, à ses doutes sur les choix que nous faisons. Et j’en passe.

Prendre conscience de la chance que nous avons

Tout ça fait prendre conscience du chemin que parcourt un immigré. Dans mon cas, j’ai cette chance de l’avoir choisi. Mais toutes ces personnes qui quittent leur pays pour fuir ne l’ont pas forcément, c’est parfois une contrainte plutôt qu’un choix. À l’air de la crise “écologique” ce processus de fuite risque de s’accélérer à grands pas car beaucoup de pays sont en voie de connaître des crises climatiques (réchauffement, inondation, et j’en passe). J’ai cette chance d’avoir des accords de libre-échange entre la France et le Canada mais pour les autres ? Ont-ils vraiment cette chance ? Peuvent-ils faire le choix du pays qui vont les accueillir ?

Est-ce que vous vous êtes déjà posé la question du chemin qu’avait pu faire la personne en face de vous et qui vient d’un autre pays ?

Quand on se retrouve à être cette personne, notre regard sur l’immigration change du tout au tout. Je ne vais pas aussi cacher qu’il y a des formes de racismes envers les Français au Québec. Chose que je peux comprendre car les politiques utilisent ce prétexte pour être la cause de la plupart des problèmes. Ce phénomène est aussi utilisé en France avec certain parti politique.

Le chemin n’est donc pas un long fleuve tranquille pour arriver à trouver un équilibre dans un pays qui ne nous a pas vu naître.

Avoir peur et ne pas savoir quoi faire

Être dans l’attente de “papier” a une répercussion sur notre vie de tous les jours. Car tous nos repères sont bouleversés. On ne sait plus vraiment qui on est tant que nous ne sommes pas reconnu “résident” en tant que tel. Le PVT est souvent utilisé par les moins de 30 ans pour voyager, découvrir des pays, s’évader mais une fois le visa terminé = retour à la maison ! Dans mon cas, il m’a permis d’avoir une porte ouverte pour pouvoir rester sur un territoire.

Ma tête a mal, mal de se poser ses dix milliards de questions : est-ce que je vais rester ? Est-ce que je vais partir ? Dans quel domaine, je veux poursuivre cette aventure si je reste ? Est-ce que je dois écouter ma raison ou écouter mon cœur ? Car en quittant la France, on quitte une partie de nous. La remise en question est très profonde. Encore plus à l’heure de l’urgence climatique. Qui sommes-nous vraiment ? Quel est notre rôle sur cette planète ?

Je sais que si la vie me met tous ses défis sur mon chemin c’est pour que je puisse grandir et dépasser mes limites. Même si je sais que la peur n’est QUE l’expression de mon ego, il n’est pas toujours évident de la dépasser. Car elle est là, elle nous guette. Elle nous met cette petite voix dans la tête : tu risques de partir ! En écrivant ces lignes, j’ai juste envie de dire à ma peur : CHUT ! Je ne veux plus t’écouter, je sais que tout va bien se passer. Peu importe ce que la vie me réserve, c’est déjà magnifique d’avoir vécu toutes ses belles choses.

Gratitude

Voir la vie en hauteur – Crédit Photo Virginie DARDENNE – Rimouski, Québec

Je suis infiniment reconnaissante de toute ce que la vie a pu m’apporter jusqu’ici. Toutes ces belles rencontres, tous ses apprentissages que j’ai pu faire sur moi, tous ses chemins parcourues parfois hors des sentiers battus, tous ses rires, ses larmes qui font qu’on apprécie chaque moment qui passe.

Mon souhait aujourd’hui est de rester au Canada pour encore quelques années et de m’épanouir aux niveaux professionnel et personnel. Ce n’est pas un rêve inaccessible, je sais que je peux le réaliser. Il faut parfois juste un peu de patience et faire confiance à la vie.

Je ne sais pas vraiment de quoi sera fait demain mais je sais qu’aujourd’hui est une belle journée pour vivre. Alors je vais vivre, je vais danser, je vais chanter, je vais rire, je vais pleurer. Je vais juste vivre avec mes peurs et mes doutes, avec mes joies et mes sourires, sentir l’air rentrer dans mes poumons, sentir mon cœur qui bat. Je profite de ce moment présent car le futur n’existe pas et le passé est déjà fini ❤

J’ai écrit cet article un soir de nouvelle lune. Est-ce que c’est un signe ? La suite dans un prochain article sur les effets de la nouvelle lune mais aussi pour savoir : est-ce que je reste au Canada ?

Et vous mes petits caribous, est-ce que vous vous êtes déjà retrouvé entre deux eaux ? Quels étaient vos secrets pour passer cette étape sans trop de mal de tête ?

PS : si vous êtes une gentille entreprise au Québec et que vous cherchez une Gentille Organisatrice, je pense que nous pouvons bien nous attendre. Si vous naviguez dans l’écoresponsabilité, le changement des comportements, la reconnexion avec soi alors nous pouvons être les meilleurs amis du monde. Si tu veux voir mon parcours ↠ c’est par ici

 

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