Être dans le déni de la blessure….

Virginie Dardenne - Portrait

Voilà plusieurs mois que je n’ai pas pris la « plume » pour écrire. Mais j’avais envie de vous partager, aujourd’hui, une réflexion personnelle sur le déni de la blessure. Ou comment on enferme dans une petite boîte un traumatisme comme s’il n’avait jamais existé.

Parlons d’un sujet tabou : l’interruption de grossesse !

Il y a de cela quelques semaines, un vieil événement de ma vie a refait surface. Vous savez ce genre de « blessure » qu’on cache tout au fond de son cœur et qu’on ne veut pas voir en face car elle fait trop mal. On a peur de la regarder et de lui donner la place nécessaire pour qu’elle s’exprime.

Les lignes qui vont suivre risquent de choquer certain.e.s d’entre vous mais je pense qu’il faut sortir des tabous pour les libérer. Ce sont des sujets d’actualités. Il faut arrêter de les « banalisés » ou de faire des stéréotypes. Je vais parler d’avortement dans cet article !

Je suis tombée enceinte « par accident »

Il a de cela quelques années, j’ai vécu une relation assez particulière. J’en parle dans mon précédent article « Ne pas rester dans le silence… de la manipulation« . Au cours de ma relation avec cette personne, pour des raisons médicales, j’ai du arrêter toutes formes de contraception.

Depuis toujours on remet la responsabilité de la contraception sur les épaules de la femme. Si elle tombe enceinte « par accident » c’est de sa faute ! On oublie bien souvent que dans la relation sexuelle nous sommes deux ! Même si je m’appelle Virginie et que mon prénom signifie Vierge. À l’heure actuelle, je connais qu’une seule « Vierge Marie » qui a mis au monde un enfant « sans Père » !

Je ne suis pas là pour refaire l’histoire mais pour parler de ce que j’ai vécu. Car je pense qu’à travers ces lignes beaucoup de femmes vont se reconnaître. Bien plus que vous l’imaginer !

En France, en 2019 on compte 217 291 IVG selon l’Institut national de l’étude démographique. Ce chiffre est en constante augmentation depuis 1976. Les raisons sont multiples !

La responsabilité n’est pas que sur la femme !

Pour ma part, tout a commencé un 31 décembre est une soirée un peu trop festive ! Si vous regardez le nombre d’enfants conçut le 31 décembre, vous verrez que le taux est un peu plus important que le reste de l’année. Comme dit précédemment j’avais dû faire une pause dans ma contraception. Même si on prend « des précautions », les accidents arrivent bien plus qu’on ne l’imagine.

Nous sommes deux dans la relation, je pense qu’il est temps d’arrêter de jeter la faute sur la femme. Pourquoi l’homme ne prend-il pas ses dispositions ? Car quand nous sommes en couple, depuis un certain temps, l’utilisation du préservatif peut-être « tabou ». Mesdames n’avez-vous pas déjà entendu : « Tu comprends, je me sens pas très à l’aise avec ça ! », « Je suis allergique au latex », « Je n’ai plus de plaisir avec ça » et j’en passe. Et pourtant il existe des alternatives comme la vasectomie !

Il est difficile d’aborder ouvertement le sujet de la contraception dans un couple. La société estime que c’est au rôle de la femme de porter ce lourd fardeau. Car oui, c’est un fardeau. Prendre la pilule à des impacts sur nos hormones, notre corps et j’en passe. Des études tendent à prouver qu’une prise prolongée de la pilule provoque des cancers. Il faut arrêter de fermer les yeux là-dessus car ce n’est pas qu’une responsabilité féminine ! C’est une responsabilité de COUPLE !

Le jour où j’ai pris la décision de faire une interruption de grossesse

Dans mon cas, j’ai très vite compris que j’étais enceinte. J’avais souvent du retard dans mes règles car j’étais à une période de ma vie ou j’étais très stressée. Mais cette fois-là, ce n’était pas comme d’habitude. Je sentais tout mon corps qui changeait. J’étais à peine à un jour de retard de mes règles que je faisais un test de grossesse pharmaceutique : négatif ! Il m’aura fallu trois tests pour avoir un « faux positif ». Ce jour là, la Terre s’est ouverte en deux sous mes pieds. Même si au fond de moi, je connaissais la réponse, la panique m’a envie.

J’en ai parlé à mon conjoint et la seule réponse que j’ai eue : « Ce n’est pas mon problème, c’est à toi de gérer. Mais je ne veux pas en entendre parler et il est hors de question d’avoir un enfant ». La Terre s’est doublement ouverte en deux sous mes pieds ! JE ME SUIS RETROUVÉE SEULE ! La seule personne qui m’a aidé « psychologiquement » c’est ma mère ! La pauvre était à des centaines de km de moi, mais elle a été là. Merci Maman.

J’ai vite pris rendez-vous chez un gynécologue spécialisé. On a fait une prise de sang pour confirmer. En 3 semaines top chrono « le problème était réglé ». J’ai géré seule de A à Z. À aucun moment mon conjoint est venu avec moi à un rendez-vous. J’ai fait une interruption médicamenteuse. Tout a été très très vite car mon cerveau pour me protéger c’était mis en mode : « Tu n’es pas enceinte, c’est juste un problème médical ».

Je ne vous cache pas que j’ai senti le regard accusateur du gynécologue. J’entendais sa petite voix : « Vous savez que la contraception existe ? » Même s’il ne l’a pas verbalisé. La honte s’est installée encore plus !

Durant cette période, j’ai fait des crises d’angoisses. Pour ne pas voir ce qui se passait, j’ai mis ça sur le dos « du travail ». J’ai refoulé toutes mes émotions, toute ma douleur. J’étais tellement en panique, je voyais ma vie défilée. J’ai eu honte, j’ai eu peur. J’ai tout mis dans une petite boîte que j’ai fermé à double tour et que j’ai enfoui au plus profond de mon cœur.

Ouvrir les yeux et sortir du déni de son acte !

ET boum, voilà 3 semaines que cet épisode de ma vie m’a explosé en pleine tête. Le déclencheur : une thérapeute qui parlait de son expérience qu’elle avait vécue. J’ai pris une claque en plein visage et j’ai ouvert les yeux sur ce que je refoulais depuis plus de 10 ans. Car pour moi : je n’avais JAMAIS été enceinte.

Sauf que quand vous ouvrez la porte, toutes les émotions refoulées remontent à la surface. Beaucoup pense que c’est une acte « anodin ». Surtout l’IVG par médicament : hop une pilule et c’est fini. Mais les séquelles sont bien plus profondes : elles se manifestent dans le corps, dans le psychisme. On développe des comportements « d’auto sabotage » parfois d’autodestruction car on ne se sent pas légitime de faire vivre « des projets » ou de vivre tout court.

À l’époque, je n’ai pas été suivi. J’ai refusé l’aide psychologique car ma tête répéter en boucle : tu n’es pas enceinte, tu n’es pas enceinte. J’ai donc finit par le croire. Mon conjoint a juste posé la question une fois : « Tu as fait ce qui fallait ? » et c’est peut-être la seule fois ou le sujet a été mis sur la table. J’avais tellement HONTE ! TOUT ETAIT DE MA FAUTE ! La société nous stigmatise tellement que j’ai tout refoulé.

Pourquoi témoigner ?

Si j’écris ces lignes c’est que je veux témoigner que ce n’est pas un acte anodin. Que même si sur le moment, tout se passe « bien ». Il est important d’être accompagné dans tout ce processus.

Quand j’avais 20 ans, il était hors de question pour moi d’avoir recours à l’IVG car c’était un acte « cruel ». J’avais une très mauvaise image des femmes qui avaient recours à ça. Sauf que malheureusement, on ne connaît pas à l’avance tous les défis que la vie nous mets sur la route. On ne sait pas comment on va réagir à une situation tant qu’on ne l’a pas vécu.

Vous pouvez me juger sur ce que j’ai fait, mais je pense à toutes ses femmes qui ont cette blessure marquée à jamais.

Par chance, j’ai des thérapeutes en or. Je dis DES car il est important de soigner ses blessures à plusieurs niveaux : psychologique, physique et énergétique. Aujourd’hui, je suis en paix avec cette partie de ma vie. Si vous êtes aussi dans cette situation, si vous connaissez une personne dans cette situation : s’il vous plaît, ne la laissez pas seule (ne restez pas seule). Ne la jugez pas (ne vous jugez pas) car vous ne savez pas ce qu’elle vit à l’intérieur d’elle. Apportez-lui votre soutien et votre écoute. Vous l’aiderez à se reconstruire.

On doit sortir de ces tabous que la société nous a infligés durant tous ses siècles.

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